Localisation : Réservoir Baskatong
Thème : Les Algonquins de l’Outaouais
Capsule(s) reliée(s) :

1534-1760 - Les Algonquins de l’Outaouais
Capsule
A5
Une grande méconnue : la pharmacopée forestière amérindienne

Famille élargie d’Amérindiens rencontrée par Aimé Guertin lors d’un voyage de chasse à l’orignal, en septembre 1938, dans les environs du réservoir Baskatong.  Ces derniers se servent de leur connaissance poussée des ressources de la forêt pour se nourrir et pour se soigner; ils survivent grâce à la chasse, la pêche et la cueillette, et se soignent en faisant usage des « simples », ces plantes médicinales dont ils se transmettent les propriétés curatives de génération en génération.  
Famille élargie d’Amérindiens rencontrée par Aimé Guertin lors d’un voyage de chasse à l’orignal, en septembre 1938, dans les environs du réservoir Baskatong.  Ces derniers se servent de leur connaissance poussée des ressources de la forêt pour se nourrir et pour se soigner; ils survivent grâce à la chasse, la pêche et la cueillette, et se soignent en faisant usage des « simples », ces plantes médicinales dont ils se transmettent les propriétés curatives de génération en génération.  
C.W. Jefferys met en lumière le rôle joué par le médecin Michel Sarrazin dans l’identification de certaines plantes médicinales du Canada à l’époque de la Nouvelle-France.
C.W. Jefferys met en lumière le rôle joué par le médecin Michel Sarrazin dans l’identification de certaines plantes médicinales du Canada à l’époque de la Nouvelle-France.
Une des variétés de ginseng qui fut en grande demande de 1747 à 1752, le ginseng à trois feuilles (Aralia trifolia – aujourd’hui Panax trifolius).
Une des variétés de ginseng qui fut en grande demande de 1747 à 1752, le ginseng à trois feuilles (Aralia trifolia – aujourd’hui Panax trifolius).
Dessin de la « sang-dragon » (Sanguinaria canadensis L.).  Les femmes algonquiennes et certaines Canadiennes utilisaient cette plante dans la fabrication d’une potion abortive.
Dessin de la « sang-dragon » (Sanguinaria canadensis L.).  Les femmes algonquiennes et certaines Canadiennes utilisaient cette plante dans la fabrication d’une potion abortive.
La médecine des Amérindiens
La médecine des Amérindiens

Les remèdes confectionnés par les Amérindiens prennent leur source dans les plantes et sont souvent accompagnés d’éléments rituels ou spirituels. Cette pharmacopée, développée sur plusieurs millénaires, et dont la connaissance est transmise de génération en génération par les guérisseurs et les femmes, est au cœur de la médecine traditionnelle autochtone. Parce qu’ils mettent à profit les propriétés des plantes trouvées dans la forêt québécoise, et sont adaptés aux maladies prédominantes dans le climat et l’environnement locaux (tel le scorbut), ces remèdes se sont souvent révélés beaucoup plus efficaces et faciles d’accès que la pharmacopée européenne durant la période du contact. Pour ces raisons, le partage de la pharmacopée traditionnelle amérindienne sera essentiel à la survie des premiers explorateurs et colons européens en Nouvelle-France. L’exemple le plus éloquent de cette importance peut être trouvé au cours de l’hiver 1535-1536, alors que les compagnons de Jacques Cartier sont en proie au scorbut, maladie résultant d’une carence en vitamine C. C’est en leur enseignant les propriétés médicinales de l’écorce de l’anneda, riche en vitamine C, que les alliés autochtones de Cartier parviennent à guérir son équipage d’une manière qui paraîtra « miraculeuse » au marin 1 . Encore aujourd’hui, tout un débat entoure d’ailleurs encore l’identification exacte de cet anneda, mais l’on s’entend sur le fait qu’il s’agissait d’un conifère2.

Des centaines d’autres plantes sont utilisées dans la préparation de remèdes par les autochtones, nous avons retenu les quelques exemples qui suivent :

  1. Le ginseng canadien. (Panax sp.). Le ginseng, utilisé comme un tonique, c’est-à-dire pour donner de l’énergie, est très recherché par les Français et les Chinois et est d’ailleurs exporté en tellement grandes quantités3 qu’il était à cette époque le second article exporté de la Nouvelle-France après la fourrure (source : Site Web);
  2. la capillaire du Canada (Adiantum pedatum L.). C’est une espèce de fougère qui sert à la préparation d’un sirop pour traiter les maladies pulmonaires4;
  3. l’aralie à tige nue (Aralia nudicaulis L.).  Connue faussement sous le nom de « salsepareille », cette plante est toujours utilisée en médecine populaire au Québec5 pour faire des tisanes;
  4. la gomme de sapin ou « terebenthine » connu en France sous l’appellation « baume blanc du Canada » (Abies balsamea L.). Selon le Père Chrestien Le Clercq, ce baume sert « pour toutes sortes de plaies et de coups de hache, de couteau et de fuzil 6»;
  5. l’écorce de cornus ou hart rouge. (Cornus stolonifera) Pour guérir l’incontinence7;
  6. le sang-dragon ou sanguinaire du Canada (Sanguinaria canadensis L.). cette plante était utilisée dans la fabrication d’une potion abortive8;
  7. le phytolaque d’Amérique (Phytolacca americana L.).  Il s’agit d’un purgatif, c’est-à-dire qu’il aide à nettoyer le systèmes digestif; 9;
  8. l’aster (famille asteraceae). Sert de cicatrisant et de diurétique.  De plus, les racines en décoction « purgent par haut et par bas <10».

Alors que les coureurs des bois ont rapidement adopté plusieurs plantes médicinales autochtones, les missionnaires Jésuites étaient très réticents à leur utilisation, les considérant inférieurs aux leurs. Ces derniers condamnaient tout recours aux traditions amérindiennes, considérant les guérisseurs autochtones comme de dangereux compétiteurs.  En 1616, le Père Biard, par exemple, blâme l’état qu’il considère «peu avancé» de cette médecine et accuse les guérisseurs de charlatanisme. Il souligne cependant un aspect qu’il juge positif, l’usage par ces derniers de la sudation, « des estuvées, des sueurs » et des bains11, utilisés durant les rites de purification.

Le jésuite Paul Le Jeune, malgré ses réticences face aux pratiques de la médecine traditionnelle autochtone, consignera tout de même des informations importantes à ce sujet. Il note que les Algonquin  avaient la réputation de fabriquer d’excellents « sac-médecines », contenant des ingrédients médicinaux et rituels12. Il note aussi que ce peuple avait, par ailleurs, deux types de guérisseurs : les ocatas, qui s’occupaient des traitements physiques, et les Ontetsans, « leurs apotiquaires ou donneurs de remèdes », qui préparaient les remèdes.

Deux médecins, Michel Sarrazin et Jean-François Gauthier, documenteront avec soin l’usage autochtone des plantes médicinales au Canada13, reconnaissant leur efficacité. Pour sa part Louis-Antoine de Bougainville, qui fut l’aide-de-camp du marquis de Montcalm de 1756 à 1759, compare la médecine européenne à celle des Amérindiens en se servant du témoignage d’un certain Blondeau14, ce qui l’amène à reconnaître les bienfaits de cette médecine15 (audio). Au fil des siècles, la médecine populaire du Canada empruntera aussi de nombreux remèdes à la pharmacopée autochtone16.

Allez plus loin sur le web!
Consulter l’encyclopédie canadienne et son dossier complet sur les plantes médicinales et les autochtones :
Site Web

Références et définitions

1 Ibid, page 115, renvoi no 136

2 Martin Hébert, « L’annedda, l’arbre de paix » dans Histoires forestières du Québec, vol. 4, numéro double 2011-1012 (hiver 2012), pages 22.

3 Ibid, page 110.

4 Ibid, pages 107, 108 et 110.

5 Ibid, pages 111-112.

6 Ibid, page 115.

7 Ibid, page 114.

8 Ibid, page 114.

9 Ibid, page 112.

10 Ibid, pages 112-113.

11 Cité dans Rénald Lessard, Au temps de la petite vérole. La médecine au Canada au XVIIe et XVIIIe siècles, Québec, Septentrion, 2012, page 113.  Il s’agit de lutter contre la fièvre et les maladies en faisant suer le malade et en alternant ce traitement avec des bains.

12 Paul Le Jeune, dans Les Relations des Jésuites, 1639, édition de Ruben Gold Twaites, vol. 17, (1639-1640), page 210.

13 Rénald Lessard, Op. cit., page 106.

14 Il s’agit vraisemblablement de Jean-Baptiste Blondeau ou de Maurice-Régis Blondeau, issus d’une famille de trafiquants de fourrures, actifs dans la région.  Ce sont des proches des populations amérindiennes et métis qui se servent de ces remèdes et de ces traitements ancestraux transmis par la tradition orale. Un membre de cette famille a laissé son nom à une localité de la rive ontarienne de la vallée de l’Outaouais, « Chute-à-Blondeau ».

15 Ibid, pages 113-114.

16 Ibid, page 114.

Sources et légendes des médias secondaires

PHOTO No 1
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives de l’Outaouais, Fonds Aimé Guertin, P8, S1, D10.
Légende : Famille élargie d’Amérindiens rencontrée par Aimé Guertin lors d’un voyage de chasse à l’orignal, en septembre 1938, dans les environs du réservoir Baskatong.  Ces derniers se servent de leur connaissance poussée des ressources de la forêt pour se nourrir et pour se soigner; ils survivent grâce à la chasse, la pêche et la cueillette, et se soignent en faisant usage des « simples », ces plantes médicinales dont ils se transmettent les propriétés curatives de génération en génération.

PHOTO No 2
Source : C.W. Jefferys, The Picture Gallery of Canadian History, Toronto, The Ryerson Press, volume 1, page 167, reconstitution historique de C.W. Jefferys.
Légende : C.W. Jefferys met en lumière le rôle joué par le médecin Michel Sarrazin dans l’identification de certaines plantes médicinales du Canada à l’époque de la Nouvelle-France.

PHOTO No 3
Source : Montreal Daily Star, The Wildflowers of Canada, 1895.
Légende : Une des variétés de ginseng qui fut en grande demande de 1747 à 1752, le ginseng à trois feuilles (Aralia trifolia – aujourd’hui Panax trifolius).

PHOTO No 4
Source : Montreal Daily Star, The Wildflowers of Canada, 1895.
Légende : Dessin de la « sang-dragon » (Sanguinaria canadensis L.).  Les femmes algonquiennes et certaines Canadiennes utilisaient cette plante dans la fabrication d’une potion abortive.

Texte de l'enregistrement
La médecine des Amérindiens

« Les Sauvages ont une médicine naturelle et des médecins.  Ils vivent aussi longtemps que nous.  Ils ont moins de maladies.  Ils les guérissent quasi toutes, hors la petite vérole, qui fait toujours de funestes ravages chez eux.  Maladie qui leur était inconnue avant notre commerce.

La vérole et toutes les maladies vénériennes leur sont connues.  Ils les traitent avec des tisanes composées de quelques simples1 qu’il n’y a qu’eux ou quelques voyageurs des Pays d’en Haut qui les connaissent.  Je croirais cependant leurs remèdes plus palliatifs que curatifs.

Leurs grands principes pour la guérison de toutes les maladies sont : la diète rigoureuse, faire suer le malade, employer les vomitifs, des purgatifs et des lavements.  Ils ne connaissent ni la casse, ni la manne, ni le séné, ni la rhubarbe, ni les quinquinas, mais ils produisent les mêmes effets que ces drogues avec des plantes qu’ils connaissent, dont ils font des infusions.  Ils ont des remèdes particuliers pour guérir les tumeurs scrofuleuses ou écrouelles2.  Ils font peu d’usage de la saignée.  Ils ne connaissent point celle du pied.  Ils font cette opération à l’aide d’un couteau bien pointu ou d’une pierre à fusil.  Ils font observer à leurs malades une diète plus rigoureuse que nous.  Ils leur font un bouillon fort clair indistinctement de toutes viandes, mais de préférence de poisson, sentiment que M. Héquet aurait bien adopté.  Ils n’excluent pour faire du bouillon à leurs malades, parmi les aliments maigres, que l’anguille, la truite et l’esturgeon, et parmi les aliments gras, la dinde, la biche, l’ours, le cochon et le castor : à juger par leurs succès, ils sont aussi bons médecins que les nôtres.  Ils ne connaissent point les remèdes chimiques, ils ne sont que grands botanistes et connaissent parfaitement les simples.  Je ne crois pas que les médecins des Sauvages soient aussi habiles sur le fait de la chirurgie.  Ils remettent les os disloqués.  Ils rétablissent les fractures, ils se servent de bandages, mais, moins adroits que nous, on reste quelquefois estropié.  Ils ne connaissent point l’art terrible et malheureusement nécessaire des amputations.  Ils guérissent les blessures qui ne sont pas considérables, en suant.  Ils donnent aussi des tisanes à leurs blessés.  Ils ont des tisanes adoucissantes pour les maux de poitrine; aucun usage du lait; leur sagamité, qui est une préparation du blé d’Inde, fait une nourriture légère et rafraîchissante.  Ils on aussi une tisane qu’ils regardent comme un très bon dissolvant de la pierre et des matières graveleuses3. »

Extrait d’un texte de Louis-Antoine de Bougainville intitulé « Conversation avec le sieur Blondeau », dans Rapport de l’archiviste de la province de Québec pour 1923-1924, Québec, Ls-A. Proulx, 1924, pages 69-70.

1 Il s’agit d’un médicament formé d’une seule substance et qui n’a pas subi de préparation, c’est-à-dire, d’une plante médicinale.

2 Prédisposition aux infections banales de la peau et des muqueuses provoquant des lésions et des fistules.

3 Pierres, calculs et graviers qui bloquent les reins, le foie ou la vésicule biliaire.