Localisation : Vallée de l'Outaouais
Thème : L'essor de l'Outaouais
Année : vers 1860
Capsule(s) reliée(s) :

1760-1867 - L'essor de l'Outaouais
Capsule
B12
De la cendre qui vaut son pesant d'or

Illustration de C.W. Jefferys représentant le dur travail des défricheurs et montrant les abattis des pionniers. On y brûle les souches et les restes de bois en prenant soin d’en récupérer les cendres pour la fabrication de potasse.
Illustration de C.W. Jefferys représentant le dur travail des défricheurs et montrant les abattis des pionniers. On y brûle les souches et les restes de bois en prenant soin d’en récupérer les cendres pour la fabrication de potasse.
Représentation d’une famille de pionniers qui s’offre un nouveau départ en s’attaquant à la forêt, de là l’intitulé tout à fait romantique, « The Beginning »
Représentation d’une famille de pionniers qui s’offre un nouveau départ en s’attaquant à la forêt, de là l’intitulé tout à fait romantique, « The Beginning »
Transport de bois avec un traîneau. Il s’agit peut-être de bois de chauffage dont les cendres seront récupérées pour fabriquer de la potasse.
Transport de bois avec un traîneau. Il s’agit peut-être de bois de chauffage dont les cendres seront récupérées pour fabriquer de la potasse.
Fabrication de potasse ou de perlasse par l’ébullition de la lessive issue de la percolation de l’eau au travers des cendres de bois franc
Fabrication de potasse ou de perlasse par l’ébullition de la lessive issue de la percolation de l’eau au travers des cendres de bois franc

Les premiers agriculteurs à s’établir en Outaouais doivent travailler dur pour défricher la terre qui leur est concédée. Il leur faut tout d’abord abattre les arbres qui s’y trouvent. Quand il y en a, le pin sert à la construction de la maison, de l’étable et de la grange.  La priorité, c’est de loger la famille et d’abriter les animaux de la ferme, l’outillage et les récoltes. En attendant ses premières récoltes, le pionnier peut fabriquer de la potasse et de la perlasse, en grande demande sur le marché britannique. Ces composés sont fabriqués à partir des cendres de bois franc accumulées lors des défrichements ou recueillies dans le foyer de la maison1. Durant la période des abattis, on met le feu aux troncs d’arbres et aux souches arrachées empilés dans les clairières des terrains déboisés. Lorsque le brasier est éteint, les cendres refroidies sont ramassées et entreposées à l’abri de la pluie.

Le pionnier peut se contenter d’entreposer les cendres dans des tonneaux pour les échanger à une potasserie. En retour, les propriétaires de la fabrique lui fournissent de la farine, du porc salé ou d’autres produits essentiels. En 1831, on dénombre deux potasseries dans le canton de Hull, une dans les cantons de Templeton et de Buckingham, trois dans celui de Lochaber et cinq dans la seigneurie de la Petite-Nation2. Mais la solution la plus payante pour le pionnier est de s’équiper pour fabriquer sa propre potasse et sa propre perlasse et de les revendre sans intermédiaire.

L’incontournable outil du fabricant de potasse et de perlasse est l’énorme chaudron de fer en fonte d’un mètre de diamètre environ et de 60 cm et plus de profondeur. C’est dans cette marmite qu’on bouille pendant des heures la « lessive », c’est-à-dire le liquide qui est recueilli à la sortie d’une cuve perforée dans laquelle le mélange de cendres est déposé. On verse de l’eau sur les cendres. Elle s’infiltre et passe à travers le mélange en entraînant avec elle les sels alcalins. Le liquide d’un brun foncé qui est ainsi récupéré, la « lessive », est amenée à ébullition et bouillie jusqu’à ce que le mélange soit très épais. Il est ensuite transvidé à la louche dans des récipients en métal. Une fois refroidi, le mélange, dur comme de la roche, est brisé à la hache et mis en tonneaux pour expédition3. Ce produit, connu sous le nom de « potasse », tient son nom du mot allemand « potasche ». La jonction du mot « pot » (récipient) et « asche » (cendre), à l’origine du mot « potasse » résume à lui seul le procédé de fabrication de cet alcalin, un produit chimique indispensable au blanchissage du coton et des lainages, au chamoisage des peaux et à la fabrication de savon, de détergent, de verre et d’engrais4.

On peut toutefois raffiner ce procédé de fabrication en reprenant tout le processus à plusieurs reprises et en faisant chauffer à haute température les morceaux de potasse accumulés à la suite des refroidissements successifs. Le chaudron est chauffé à blanc et les impuretés, qui remontent à la surface de la masse en fusion, sont brûlées ou écumées5. Le résultat de ce raffinage est d’une teinte bleu perle, de là son nom de « perlasse6 »!

Le commerce de la potasse et de la perlasse sert de planche de salut aux défricheurs de l’Outaouais jusqu’aux années 1860 environ. En 1818, par exemple, la compagnie Horatio Gates de Montréal exporte à elle seule 6 726 barils de potasse7. C’est en 1850, d’ailleurs, que les exportations canadiennes de potasse et de perlasse atteignent leur sommet. Elles se chiffrent alors à 1,2 million de dollars, 10 % des exportations totales du pays. La découverte, en 1861, de gisements de potasse en Allemagne fait dégringoler les prix8. La fabrication de potasse et de perlasse à partir des cendres de bois franc cesse alors d’être rentable. Les grands chaudrons de fonte sont recyclés dans la fabrication de sirop, de tire et de sucre d’érable!

Allez plus loin sur le web!
Découvrez l’importance de la potasse pour un pionnier de l’Estrie en parcourant l’article des Townshippers sur cette question à :
Site Web

Poussez plus loin votre recherche sur la potasse en parcourant l’Encyclopédie canadienne en ligne à :
Site Web

Découvrez Horatio Gates, un personnage qui fit fortune dans le commerce de la potasse, sur le site du Dictionnaire biographique du Canada à :
Site Web

Références et définitions

1 Susan McGuire, « The Potash Process », dans Quebec Heritage News, Vol.7, No. 1 (Winter 2013), pages 22-23. Également: Georges Létourneau et Jay Sames, “Ash to Cash – The Untold Story. Nature’s Burnt Offering to 19th Century Settlers” dans Histoire Québec, Vol. 18, No 2, 2013, p. 25-30.

2 Recensement et retours statistiques de la Province du Bas-Canada, 1831, dans les « Appendices (O.o.) A. 1832 des Journaux d’Assemblée », 2 William 4, Comté d’Ottawa.

3 Susan McGuire, op. cit., p. 22-23.

4 « Potasse », dans Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (Le Grand Robert). Aussi : « Potash » et « Pearl-ash », dans Compact Edition of the Oxford English Dictionary.

5 Susan McGuire, op. cit., p. 23.

6 En langue anglaise, il s’agit de « pearl-ash ». Voir : « Pearl-ash », dans Compact Edition of the Oxford English Dictionary.

7 Jean-Claude Robert, « Horatio Gates », dans Dictionnaire biographique du Canada.  Voir le site web : http://www.biographi.ca

8 Susan McGuire, op. cit., p. 22. Voir aussi: Georges Létourneau et Jay Sames, Op. cit., p. 25-30.

Sources et légendes des médias secondaires

PHOTO No 1
Source : C.W. Jefferys, The Picture Gallery of Canadian History, Toronto, The Ryerson Press, 1953, vol. 2, p. 221.
Légende : Illustration de C.W. Jefferys représentant le dur travail des défricheurs et montrant les abattis des pionniers. On y brûle les souches et les restes de bois en prenant soin d’en récupérer les cendres pour la fabrication de potasse.

PHOTO No 2
Source : H.Y. Hind, Eighty years’ progress of British North America : showing the wonderful development of its natural resources […], Toronto : L. Stebbins, 1863 (Montreal : John Lovell, printer and binder).
Légende : Représentation d’une famille de pionniers qui s’offre un nouveau départ en s’attaquant à la forêt, de là l’intitulé tout à fait romantique, « The Beginning »

PHOTO No 3
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.
Légende : Transport de bois avec un traîneau. Il s’agit peut-être de bois de chauffage dont les cendres seront récupérées pour fabriquer de la potasse.

PHOTO No 4
Source : C.W. Jefferys, The Picture Gallery of Canadian History, Toronto, The Ryerson Press, 1953, vol. 2, p. 222.
Légende : Fabrication de potasse ou de perlasse par l’ébullition de la lessive issue de la percolation de l’eau au travers des cendres de bois franc