Localisation : Hull
Thème : L’époque du bois équarri
Année : vers 1880
Capsule(s) reliée(s) :

1760-1867 - L’époque du bois équarri
Capsule
B6
L’équarrissage du bois

Cage de bois équarri qui descend sur une glissoire à Ottawa pour braver les chutes de la Chaudière. Notez les bouts effilés des plançons : ces extrémités seront coupées avant leur embarquement pour l’Angleterre.
Cage de bois équarri qui descend sur une glissoire à Ottawa pour braver les chutes de la Chaudière. Notez les bouts effilés des plançons : ces extrémités seront coupées avant leur embarquement pour l’Angleterre.
L’un des derniers grands radeaux ou « trains de bois » à descendre la rivière des Outaouais, en 1900. Il est composé de plus de 70 cages. En arrière-plan se trouvent les piliers du pont Alexandra en construction et la flèche de l’église Notre-Dame-de-Grâces de Hull.
L’un des derniers grands radeaux ou « trains de bois » à descendre la rivière des Outaouais, en 1900. Il est composé de plus de 70 cages. En arrière-plan se trouvent les piliers du pont Alexandra en construction et la flèche de l’église Notre-Dame-de-Grâces de Hull.
Une des étapes dans l’équarrissage du bois sur la rivière Noire, dans le Pontiac, vers 1900
Une des étapes dans l’équarrissage du bois sur la rivière Noire, dans le Pontiac, vers 1900
Dessin reconstitué d’une cage de bois
Dessin reconstitué d’une cage de bois
Dessin explicatif des quatre étapes de la constitution d’un radeau composé de plançons, de la confection de la cage à l’agencement de plusieurs d’entre elles pour former un grand radeau, soit un train de bois qui sera flotté jusqu’à Québec
Dessin explicatif des quatre étapes de la constitution d’un radeau composé de plançons, de la confection de la cage à l’agencement de plusieurs d’entre elles pour former un grand radeau, soit un train de bois qui sera flotté jusqu’à Québec
Radeau avec voiles sur le Saint-Laurent, à Cap-Santé, vers 1840
Radeau avec voiles sur le Saint-Laurent, à Cap-Santé, vers 1840
Les extrémités taillées en pointe des plançons sont coupées avant que ceux-ci ne soient chargés sur les navires en partance pour l’Angleterre.
Les extrémités taillées en pointe des plançons sont coupées avant que ceux-ci ne soient chargés sur les navires en partance pour l’Angleterre.
Radeaux ancrés à l’anse au Foulon, vers 1875
Radeaux ancrés à l’anse au Foulon, vers 1875
Vue du port de Québec et d’un train de bois vers 1831
Vue du port de Québec et d’un train de bois vers 1831
Il s’agit d’un train de bois amarré sur le fleuve Saint-Laurent. En avant-plan se trouvent un canot et la cage sur laquelle est installée la cuisine flottante ou « cambuse ». Sur une autre cage, on aperçoit une cabane-dortoir servant à une partie de l’équipage. Trois mats sont dressés, vraisemblablement pour y hisser des voiles.
Il s’agit d’un train de bois amarré sur le fleuve Saint-Laurent. En avant-plan se trouvent un canot et la cage sur laquelle est installée la cuisine flottante ou « cambuse ». Sur une autre cage, on aperçoit une cabane-dortoir servant à une partie de l’équipage. Trois mats sont dressés, vraisemblablement pour y hisser des voiles.
L'équarrissage
L'équarrissage

Le bois équarri représente la plus grande partie des exportations vers la Grande-Bretagne dans la première moitié du 19e siècle. Mais qu’est-ce au juste que ce bois dit « carré »? Ce sont les troncs d’arbres, ou « grumes », de grande dimension, dont chacune des faces est taillée à la hache sur un angle de 90 degrés (image), ce qui donne de magnifiques pièces de bois de forme carrée ayant quatre surfaces parfaitement planes. Elles portent le nom de « plançons » (audio). Évidemment, cette méthode de taille génère un énorme gaspillage de matière ligneuse, le tiers du volume de l’arbre étant laissé sur place1. La meilleure partie, le plançon, est expédiée outre-Atlantique.

L’équarrissage, c’est-à-dire la transformation de la grume en plançon, se déroule en plusieurs étapes.

  1. Identification des endroits où se trouvent les arbres de meilleure qualité.
  2. Choix de l’emplacement où sera érigé le camp des bûcherons.
  3. Examen du territoire de coupe afin de dresser un plan des chemins qui seront aménagés pour transporter le bois jusqu’aux lacs et rivières du secteur.
  4. Sélection des arbres pour la coupe. Ceux dont le travail est de faire une coche à la hache dans les arbres sélectionnés sont appelés « marqueurs ».
  5. Abattage des arbres. Des équipes de trois bûcherons en ont la charge. Ils pratiquent des entailles de chaque côté du tronc en prenant bien soin de le faire tomber en toute sécurité à l’endroit le plus avantageux pour son ébranchage, son tronçonnage et son équarrissage2.
  6. Écorçage des arbres. À l’aide d’une herminette, une sorte de hache au tranchant recourbé, l’écorceur enlève l’écorce de l’arbre, mettant à nu le bois, sur deux lignes droites qui longent les rebords de la grume.
  7. Tronçonnage des arbres. Le « ligneur » intervient pour décider des endroits où la grume sera tronçonnée. La présence de nœuds, de courbes ou de défauts détermine les longueurs retenues. Une corde enduite de craie est ensuite fixée aux deux extrémités de la grume et tendue verticalement comme la corde d’un arc. Le ligneur la relâche d’un coup sec afin que la ligne de craie s’imprime sur le bois. Elle sert ainsi de guide au « piqueur » qui pratique de larges entailles à intervalles réguliers le long de la grume.
  8. Équarrissage du bois. L’équarrisseur, ou « doleur », égalise et dresse les faces du bois avec une grande hache aussi appelée « doloire ». Lorsque les deux premières faces sont équarries, la pièce de bois est tournée à l’aide de leviers et de grappins. On procède alors à l’équarrissage des deux autres faces de cette dernière3.

Avant que les plançons ne soient transportés jusqu’aux lacs et rivières, leurs extrémités sont taillées en pointe, ce qui les protègent des rochers pendant le flottage et la drave. Pour la descente des cours d’eau, de deux à trois plançons sont assemblés pour former une « brelle4 ». Cette façon de faire permet de flotter des plançons de chêne, par exemple, en les rattachant à des plançons ou des grumes de pin blanc, ce qui empêche le chêne de caler au fond de la rivière. À leur arrivée sur la rivière des Outaouais, les brelles sont démantelées et les plançons, regroupés en « cages » de bois carré (image).

Plus d’une centaine de cages sont ainsi assemblées en un gigantesque train de bois qui descend jusqu’aux anses de Sillery et de Québec. Une de ces cages porte la « cambuse », une cuisine flottante munie d’un toit (image). C’est là que les hommes d’équipage, les « cageux », se regroupent à l’occasion des repas. D’autres cages hébergent les cabanes-dortoirs dans lesquelles se réfugient les cageux pour dormir ou se mettre à l’abri des intempéries. Il arrive que l’on charge aussi les cages de tonneaux de potasse et de perlasse5, de madriers, de bois qui sert à la fabrication de tonneaux6, de bardeaux, de planches, de bois de chauffage, etc.

Ces impressionnants trains de bois ne pourraient pas résister à la descente abrupte dans une chute. C’est pourquoi, dans les premiers temps de la drave, ils doivent être défaits en amont7 des principales chutes et reconstruits en aval8de celles-ci. Plus tard, cependant, des glissoires sont érigées, ce qui permet de contourner les chutes en faisant passer chacune des cages dans ces dernières (image)Sur les sections de l’Outaouais et du Saint-Laurent qui, par endroits s’élargissent pour devenir d’immenses lacs, on hisse des voiles pour accélérer la descente de ces grands radeaux de bois équarri (image). Dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, on se sert de bateaux à vapeur pour remorquer les trains de bois jusqu’à Québec9 ce qui facilite de beaucoup le travail des cageux.

Allez plus loin sur le web!
Découvrez l’histoire du commerce du bois sur l’Encyclopédie canadienne :
Site Web

Visitez :
La salle du Canada qui traite du commerce du bois d’œuvre au Musée canadien des civilisations :
Site Web

Références et définitions

1 Ethnotech Inc., « L’exploitation forestière destinée au commerce du bois à Québec au 19e siècle », dans Bulletin de recherches, No 228, décembre 1984, Parcs Canada, p. 4.

2 Ibid., p. 6. Voir aussi : John W. Hughson et Courtney C. J. Bond, Hurling Down the Pine, Chelsea, The Historical Society of the Gatineau, 1987, p. 85-87.

3 BAnQ-CAO, P20, 1979-03-001 / 1, Mémoires de Philippe Lacoste, section intitulée « Les hivers aux chantiers », p. 150-151.  Voir aussi : Ethnotech Inc., op. cit, p. 6-7 ainsi que John W. Hughson et Courtney C. J. Bond, op. cit, p. 85-87.

4 Le terme désigne aussi un petit radeau de billes ou de pièces de bois équarries, liées ensemble pour le flottage.

5 La potasse et la perlasse (« pearlash ») sont préparées à partir des cendres des abattis. Elles servent à la fabrication de verre, de savon et de fertilisants.

6 Il s’agit de « douves ».

7 Expression consacrée qui signifie « en haut ».

8 Expression consacrée qui signifie « en bas ».

9 G.J.J. Tulchinsky, La rivière et la forêt. Le commerce du bois dans la vallée de l’Outaouais, Montréal, Musée McCord, 1981.

Sources et légendes des médias secondaires

PHOTO No 1
Source : George Munro Grant, Picturesque Canada; The Country as it Was and Is, Toronto, Belden Brothers, 1882, volume 1, p. 177.
Légende : Cage de bois équarri qui descend sur une glissoire à Ottawa pour braver les chutes de la Chaudière. Notez les bouts effilés des plançons : ces extrémités seront coupées avant leur embarquement pour l’Angleterre.

PHOTO No 2
Source : Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Photographie de William J. Topley.
Légende : L’un des derniers grands radeaux ou « trains de bois » à descendre la rivière des Outaouais, en 1900. Il est composé de plus de 70 cages. En arrière-plan se trouvent les piliers du pont Alexandra en construction et la flèche de l’église Notre-Dame-de-Grâces de Hull.

PHOTO No 3
Source : Archives de l’Ontario, Collection Chas McNamara. Photographe inconnu.
Légende : Une des étapes dans l’équarrissage du bois sur la rivière Noire, dans le Pontiac, vers 1900

PHOTO No 4
Source : Charlotte Whitton, A Hundred Years A-Fellin’, Ottawa, Runge Press, 1946, p. 126..
Légende : Dessin reconstitué d’une cage de bois

PHOTO No 5
Source : Charlotte Whitton, A Hundred Years A-Fellin’, Ottawa, Runge Press, 1946, p.
Légende : Dessin explicatif des quatre étapes de la constitution d’un radeau composé de plançons, de la confection de la cage à l’agencement de plusieurs d’entre elles pour former un grand radeau, soit un train de bois qui sera flotté jusqu’à Québec

PHOTO No 6
Source : Gravure de William H. Bartlett.
Légende : Radeau avec voiles sur le Saint-Laurent, à Cap-Santé, vers 1840

PHOTO No 7
Source : BAnQ-CAQ, P560, S1, P116. Photographie du studio L.-E. Livernois.
Légende : Les extrémités taillées en pointe des plançons sont coupées avant que ceux-ci ne soient chargés sur les navires en partance pour l’Angleterre.

PHOTO No 8
Source : BAnQ-CAQ, P1000, S4, D60, P28. Photographie de L.-P. Vallée.
Légende : Radeaux ancrés à l’anse au Foulon, vers 1875

PHOTO No 9
Source : BAnQ-CAQ, P363, P10. Gravure du Colonel Cockburn extraite du Journal de Lady Aylmer.
Légende : Vue du port de Québec et d’un train de bois vers 1831

PHOTO No 10
Source : Charles P. DeVolpi, Ottawa. A Pictorial Record / Recueil Iconographique, 1807-1882, Montréal, DevSco Publications, 1964, planche No 54, croquis de G.H. Andrews publié dans The Illustrated London News, 7 février 1863.
Légende : Il s’agit d’un train de bois amarré sur le fleuve Saint-Laurent. En avant-plan se trouvent un canot et la cage sur laquelle est installée la cuisine flottante ou « cambuse ». Sur une autre cage, on aperçoit une cabane-dortoir servant à une partie de l’équipage. Trois mats sont dressés, vraisemblablement pour y hisser des voiles.

Audio No 1
Source : Extrait des Mémoires de Philippe Lacoste, dans la section intitulée  « Les hivers aux chantiers », p. 150-151, BAnQ-CAO, P20, 1979-03-001 / 1.
Légende : Philippe Lacoste, bûcheron et « jobber » retraité de Saint-André-Avellin, a rédigé un journal personnel dans lequel il raconte sa vie passée dans les chantiers forestiers. Dans cet enregistrement, il décrit à sa manière le procédé d’équarrissage des grumes, technique qui se perpétuera jusqu’au début du 20e siècle.

Texte de l'enregistrement
L’ÉQUARRISSAGE

« Le lendemain, il nous mit à l’ouvrage.  Alfred Gauthier, ligneur, moi et Eugène Gauthier, abatteurs, Joseph Mantha et Georges Gauthier, piqueurs, Louis Gauthier et Joseph Champagne, équarrisseurs.  Tardif, Provost et Paiement allèrent dans une autre équipe. 

L’ouvrage de l’équipe se présente de la manière suivante : le ligneur choisissais les arbres et les encochait [en vue] de l’abattage et les abatteurs préparaient un lit, c’est-à-dire, ils abattaient des arbres moins gros de travers pour porter le pin pour pouvoir le retourner; puis on l’abattait et on aidait le ligneur à le ligner après l’avoir coupé [en] longueurs.  Il fallait du pin absolument bien sain, aucun défaut de ce côté.  On prenait 16 pieds en montant et 14 pouces de grosseur.  C’était du wayne1, c’est-à-dire que l’on pouvait laisser 3 pouces d’aubel2 dans les coins.  Dans les longueurs, on pouvait faire une courbe de 2 pouces pour les ligner.  Les abatteurs tenaient la ligne à chaque bout, là où le ligneur avait marqué et le ligneur élevait la ligne frottée de craie blanche et la lâchait et la ligne marquait le morceau en blanc sur l’écorce [pour indiquer] le bois à être enlevé par les piqueurs.  Il fallait que les deux faces soient absolument égales; les équarrisseurs finissaient la face à la grande hache et dans l’après-midi on tournait les morceaux et [on] les lignait en noir pour les deux autres faces.  On ne pouvait pas faire de courbe à ce lignage.  Puis les charretiers les plaçaient sur un skid avec un bout élevé, pour que les sloops puissent les prendre pour les empiler sur les grands chemins. »

Extrait des « Mémoires de Philippe Lacoste », dans la section intitulée  « Les hivers aux chantiers », pages 150-151, BANQ-CAO, P20, 1979-03-001 / 1.

1 Wayne ou wayney est l’équivalent anglais de « flache ».  Il s’agit de la surface primitive et arrondie de l’arbre, restant apparente sur une pièce de bois équarrie.

2 Forme fautive du mot aubier qui désigne la couche extérieure du cylindre de l’arbre, de couleur pâle, sujet à la pourriture.  L’équivalent anglais est « sapwood » ou « alburnum ».

Conteur : Philippe Lacoste, un bûcheron et « jobber » retraité de Saint-André-Avellin. Il explique à sa manière le procédé d’équarrissage des arbres, technique qui se perpétua jusqu’au début du 20ième siècle.