Localisation : Village de Buckingham
Thème : L’époque du bois équarri
Année : 1830
Capsule(s) reliée(s) :

1760-1867 - L’époque du bois équarri
Capsule
B8
Jos Montferrand : l’homme et la légende

Le site des anciens moulins de Baxter Bowman, à Buckingham, vers 1900. Baxter Bowman est propriétaire de cette entreprise de 1825 jusqu’à sa mort, survenue en 1853. James MacLaren (1818-1892) en devient seul et unique propriétaire vers 1878. Pendant de nombreuses années, Montferrand est à l’emploi de Bowman comme contremaître et chef de cage.
Le site des anciens moulins de Baxter Bowman, à Buckingham, vers 1900. Baxter Bowman est propriétaire de cette entreprise de 1825 jusqu’à sa mort, survenue en 1853. James MacLaren (1818-1892) en devient seul et unique propriétaire vers 1878. Pendant de nombreuses années, Montferrand est à l’emploi de Bowman comme contremaître et chef de cage.
Le personnage légendaire Jos Montferrand, chef de cage dévoué, noble, fier et courageux
Le personnage légendaire Jos Montferrand, chef de cage dévoué, noble, fier et courageux
Un habitant canadien en costume traditionnel. Notez la ceinture fléchée qui est portée par celui-ci. Vous rappelez-vous du chandail du club de hockey Canadien de Montréal? Les lettres CH qui s’y trouvent renvoient à « Habitants Canadiens », les fameux « Habs »!
Un habitant canadien en costume traditionnel. Notez la ceinture fléchée qui est portée par celui-ci. Vous rappelez-vous du chandail du club de hockey Canadien de Montréal? Les lettres CH qui s’y trouvent renvoient à « Habitants Canadiens », les fameux « Habs »!
Pour remercier la propriétaire, Jos Montferrand lui laisse sa carte de visite sur le plafond de l’auberge. Il laisse la marque de sa botte cloutée sur une des poutres du plafond en exécutant une culbute époustouflante.
Pour remercier la propriétaire, Jos Montferrand lui laisse sa carte de visite sur le plafond de l’auberge. Il laisse la marque de sa botte cloutée sur une des poutres du plafond en exécutant une culbute époustouflante.
Ce dessin représente le combat le plus célèbre de Montferrand, dont l’action se déroule sur le pont qui enjambe les Chutes Chaudières, entre Hull et Bytown. La légende soutient que Jos Montferrand a eu le dessus sur une troupe de 150 « Shiners ».
Ce dessin représente le combat le plus célèbre de Montferrand, dont l’action se déroule sur le pont qui enjambe les Chutes Chaudières, entre Hull et Bytown. La légende soutient que Jos Montferrand a eu le dessus sur une troupe de 150 « Shiners ».
Le premier pont « Union » reliant Wrightstown à Bytown vers 1836. Construit en bois, il ne résiste pas longtemps à l’usure du temps. C’est sur ce pont que la légende situe la bataille de Montferrand contre 150 « Shiners » enragés!
Le premier pont « Union » reliant Wrightstown à Bytown vers 1836. Construit en bois, il ne résiste pas longtemps à l’usure du temps. C’est sur ce pont que la légende situe la bataille de Montferrand contre 150 « Shiners » enragés!
C’est le portrait d’un Montferrand dans la force de l’âge, peut-être déjà rentier, dont les placements lui permettent de vivre confortablement dans sa maison du faubourg Saint-Laurent, sur la rue Sanguinet, à Montréal.
C’est le portrait d’un Montferrand dans la force de l’âge, peut-être déjà rentier, dont les placements lui permettent de vivre confortablement dans sa maison du faubourg Saint-Laurent, sur la rue Sanguinet, à Montréal.
Le Paradis des hommes forts
Le Paradis des hommes forts

Jos Montferrand est le héros légendaire préféré des « Canadiens1 »! C’est un voyageur, un homme de chantier et un homme fort, c’est-à-dire, un « boulé2 », emprunté de l’anglais « bully », un titre qui était anciennement auréolé de beaucoup de respect (audio). Né à Montréal le 25 octobre 1802 et décédé au même endroit le 4 octobre 1864, il devient une véritable légende grâce aux combats qu’il remporte. Ses exploits en ce domaine en font le héros mythique de l’industrie du bois carré, des « cageux » et des « raftsmen »!(photo)

En 1818, il devient une célébrité quand il flanque une raclée à trois brutes qui terrorisent les gens du faubourg Saint-Laurent à Montréal. Ses admirateurs racontent qu’il est fort comme nul autre, qu’il a « la ruade du cheval » et qu’il « manie sa jambe comme un fouet3 »! Sa victoire, en 1828, contre le champion de la marine anglaise, au quai de la Reine, à Québec, devant une foule considérable, en fait le roi des « boulés » canadiens-français. Il devra dorénavant accepter de défendre son titre contre tous les fiers-à-bras qui veulent lui ravir sa couronne.

Fils de François-Joseph Favre dit Montferrand, « voyageur », et de Marie-Louise Couvret, Joseph Montferrand suit d’abord dans les traces de son père. Comme lui, il travaille dans le commerce des fourrures, au sein de la Compagnie de la Baie d’Hudson, de 1823 à 1827. Comme bien d’autres, il se réoriente ensuite vers l’industrie du bois. Il est embauché par Joseph Moore, un bûcheron qui coupe du pin sur la rivière du Nord, au nord de Saint-André d’Argenteuil.  Plus tard, il travaille pour Baxter Bowman, dont les scieries sont situées sur la rive droite de la rivière au Lièvre, au village de Buckingham. Pendant plus de trente ans, Montferrand est tour à tour contremaître, chef de « cages » et l’homme de confiance de ses employeurs, pour lesquels il se fait médiateur de conflits. Ces derniers se l’arrachent et font appel à lui pour régler ce genre de problèmes4.

Comme on le voit, Montferrand n’est  pas seulement un dur à cuire qui se sert de ses poings pour obtenir justice. C’est un médiateur avant toute chose, fort apprécié des élites de l’Outaouais. Les patrons comptent sur lui pour régler les conflits qui éclatent entre Irlandais et Canadiens français, (audio) sur les radeaux et dans les chantiers. C’est un défenseur de la loi et de l’ordre et l’allié des grands entrepreneurs forestiers pour lesquels le désordre et la violence sont condamnables5.

Montferrand est très respectueux du clergé et de ses directives. Comme les dirigeants de l’Église catholique, il s’oppose aux “Patriotes” qui choisissent l’insurrection et le recours aux armes en 1837 et en 18386. Et ce champion de la loi et de l’ordre sait lire et écrire, ce qui est une chose extrêmement rare dans la population française du Bas-Canada dans la première moitié du dix-neuvième siècle. Il n’est donc pas si surprenant que ce soit le nom de Montferrand qui coiffe le bâtiment dans lequel se trouve le principal Palais de justice de l’Outaouais.

Allez plus loin sur le web!
Écoutez l’interprétation de Jacques Labrecque (1958) d’une composition de Gilles Vigneault sur le thème de Jos. Montferrand :
Site Web

Pour en savoir plus sur Jos. Montferrand, consultez cet article de Michel Prévost sur le site de l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française :
Site Web

Explorez l’histoire de Jos Montferrand via le Dictionnaire biographique du Canada en ligne à
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Découvrez l’un des premiers historiens du Canada, Pierre-François-Xavier de Charlevoix, dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne à :
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Références et définitions

1 Au dix-neuvième siècle, il n’y avait qu’une sorte de « Canadien », celui que l’historien Charlevoix identifie comme le « métis canadien », déjà réfractaire aux administrateurs de la France métropolitaine, celui que décrit Philippe Aubert de Gaspé dans son roman intitulé Les Anciens Canadiens et celui que nous retrouvons dans le Forestiers et voyageurs de Joseph-Charles Taché. Il s’agit de ces Français établis en Nouvelle-France, largement métissés, tout d’abord aux Amérindiens, et ensuite aux Britanniques, aux Allemands et aux autres groupes venus s’établir dans la vallée du Saint-Laurent au lendemain de la Conquête et de la naissance des États-Unis d’Amérique. La « ceinture fléchée », avec sa riche panoplie de couleurs et de motifs tissés, se veut le symbole des racines et des traditions de ces « Canadiens » et de ces « Voyageurs ».

2 Le mot « boulé » est un emprunt de l’anglais et du mot « bully ». Il désigne les hommes qui ne manqueraient jamais une occasion de se mesurer à un autre « boulé » dans un combat de boxe. Ils étaient prêts à voyager sur de longues distances pour défier un autre « boulé » dans le but avoué de faire parler d’eux. Et, tout comme les mordus de musique populaire d’aujourd’hui, ils avaient leurs cercles d’admirateurs qui prenaient plaisir à assister à ces combats pour appuyer leur « homme »!

3 Benjamin Sulte, « Montferrand » dans Contes canadiens illustrés par Henri Julien, Librairie Beauchemin, Montréal, 1919, p. 71.

4 La correspondance de la famille de Philemon Wright, conservée à Bibliothèque et Archives Canada, contient quelques lettres qui viennent étayer cette affirmation.

5 Gérard Goyer et Jean Hamelin, « Montferrand » dans le  Dictionnaire biographique du Canada en ligne à: http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=4606

6 Idem.

Sources et légendes des médias secondaires

PHOTO No 1
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.
Légende : Le site des anciens moulins de Baxter Bowman, à Buckingham, vers 1900. Baxter Bowman est propriétaire de cette entreprise de 1825 jusqu’à sa mort, survenue en 1853. James MacLaren (1818-1892) en devient seul et unique propriétaire vers 1878. Pendant de nombreuses années, Montferrand est à l’emploi de Bowman comme contremaître et chef de cage.

PHOTO No 2
Source : Père Louis Taché et al., Le Nord de l’Outaouais, Ottawa, Le Droit, 1938, p. 142. Dessin d’Henri Julien.
Légende : Le personnage légendaire Jos Montferrand, chef de cage dévoué, noble, fier et courageux

PHOTO No 3
Source : George Munro Grant, Picturesque Canada; The Country as it Was and Is, Toronto, Belden Brothers, 1882, volume 1, p. 62.
Légende : Un habitant canadien en costume traditionnel. Notez la ceinture fléchée qui est portée par celui-ci. Vous rappelez-vous du chandail du club de hockey Canadien de Montréal? Les lettres CH qui s’y trouvent renvoient à « Habitants Canadiens », les fameux « Habs »!

PHOTO No 4
Source : Benjamin Sulte, Histoire de Jos. Montferrand, l’athlète canadien, Montréal, Éditions de Montréal, 1975, p. 85. Dessin d’Henri Julien.
Légende : Pour remercier la propriétaire, Jos Montferrand lui laisse sa carte de visite sur le plafond de l’auberge. Il laisse la marque de sa botte cloutée sur une des poutres du plafond en exécutant une culbute époustouflante.

PHOTO No 5
Source : Benjamin Sulte, Histoire de Jos. Montferrand, l’athlète canadien, Montréal, Éditions de Montréal, 1975, p. 73. Dessin d’Henri Julien.
Légende : Ce dessin représente le combat le plus célèbre de Montferrand, dont l’action se déroule sur le pont qui enjambe les Chutes Chaudières, entre Hull et Bytown. La légende soutient que Jos Montferrand a eu le dessus sur une troupe de 150 « Shiners ».

PHOTO No 6
Source : Joseph Bouchette, The British Dominions in North America, London, 1832, volume 2, après la page 296. Également : BAC, C-10872.
Légende : Le premier pont « Union » reliant Wrightstown à Bytown vers 1836. Construit en bois, il ne résiste pas longtemps à l’usure du temps. C’est sur ce pont que la légende situe la bataille de Montferrand contre 150 « Shiners » enragés!

PHOTO No 7
Source : Benjamin Sulte, Histoire de Jos. Montferrand, l’athlète canadien, Montréal, Éditions de Montréal, 1975, page titre. Dessin d’Henri Julien.
Légende : C’est le portrait d’un Montferrand dans la force de l’âge, peut-être déjà rentier, dont les placements lui permettent de vivre confortablement dans sa maison du faubourg Saint-Laurent, sur la rue Sanguinet, à Montréal.

Texte de l'enregistrement
« Le Paradis des hommes forts »

« Chaque chantier regroupait, selon les cas, de soixante-dix à cent bûcherons.  On s’y retrouvait dans le paradis des hommes forts dont les exploits, véridique ou imaginaires étaient racontés par tous et chacun.  La force physique phénoménale primait sur tout et faisait l’objet de beaucoup de discussions, de palabres et de paris.  Les bottes de foin s’attachaient avec du fil de fer.  Or, voilà que Jack Lanagan, d’une seule main, casse les attaches de fer d’une botte.  Cela ne surprendra personne puisque ce même Jack Lanagan, quelques temps auparavant, avait tué un ours avec ses deux poings.  Ces récits et ces événements se racontaient à tout propos, en tous lieux, créant de l’étonnement et des plaisirs sans cesse renouvelés chez les bûcherons.

… les compagnies s’étaient toujours appuyées sur une émulation entre les bûcherons pour obtenir un bon rendement.  La chose allait de soi quand on considère l’importance que les bûcherons attachaient à la force physique, à la résistance et aux exploits.  On a vu des bûcherons travailler torse nu lors des grands froids de l’hiver.  Cette course à celui qui ferait le plus d’ouvrage rendait les hommes malades, près de l’épuisement total. »

Extraits des « Mémoires » du Père Joseph-Étienne Guinard, o.m.i. publié dans Serge Bouchard, Mémoires d’un simple missionnaire, Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1980, pages 92 et 95.