Localisation : Buckingham
Thème : L’essor de l’Outaouais
Année : 1946
Capsule(s) reliée(s) :

1760-1867 - L’essor de l’Outaouais
Capsule
B9
Quelques produits dérivés de la forêt

Transport du bois de chauffage à la ferme Abram de Buckingham
Transport du bois de chauffage à la ferme Abram de Buckingham
Scène du port de Montréal vers 1900. L’usage de tonneaux pour l’expédition de diverses denrées est toujours important.
Scène du port de Montréal vers 1900. L’usage de tonneaux pour l’expédition de diverses denrées est toujours important.
Confection de caisses et de boîtes en bois
Confection de caisses et de boîtes en bois
Corvée de bois de chauffage vers 1944. On se sert d’une fendeuse actionnée par un moteur à gazoline.
Corvée de bois de chauffage vers 1944. On se sert d’une fendeuse actionnée par un moteur à gazoline.
Vers 1950, on chauffe et on cuisine encore au bois dans la plupart des campagnes québécoises. Le propriétaire de ce hangar est fin prêt pour affronter l‘hiver québécois.
Vers 1950, on chauffe et on cuisine encore au bois dans la plupart des campagnes québécoises. Le propriétaire de ce hangar est fin prêt pour affronter l‘hiver québécois.
Du bois de chauffage en longueur de 50 pouces environ est empilé sur le quai d’une localité du golfe Saint-Laurent. Des billettes de bois franc de cette longueur servent à alimenter alors les chaudières à vapeur des navires et des locomotives.
Du bois de chauffage en longueur de 50 pouces environ est empilé sur le quai d’une localité du golfe Saint-Laurent. Des billettes de bois franc de cette longueur servent à alimenter alors les chaudières à vapeur des navires et des locomotives.
Fours de la région de Saint-Raymond-de-Portneuf servant à fabriquer du charbon de bois « à l’étouffée ».
Fours de la région de Saint-Raymond-de-Portneuf servant à fabriquer du charbon de bois « à l’étouffée ».
Cette illustration représente la fabrication du merrain, c’est-à-dire le tronc d’arbre fendu à la verticale pour en extraire les douves qui entrent dans la fabrication de tonneaux.
Cette illustration représente la fabrication du merrain, c’est-à-dire le tronc d’arbre fendu à la verticale pour en extraire les douves qui entrent dans la fabrication de tonneaux.
Chargement de douves de barils et de tonneaux
Chargement de douves de barils et de tonneaux
Illustration d’un tonnelier serrant en place les douves d’un tonneau
Illustration d’un tonnelier serrant en place les douves d’un tonneau
Le rabattage des cercles par un tonnelier et son apprenti, à la brasserie Molson, en 1930
Le rabattage des cercles par un tonnelier et son apprenti, à la brasserie Molson, en 1930

Le bois des forêts de l’Outaouais n’a pas seulement alimenté l’économie du bois équarri, les grandes scieries et les usines de pâtes et papiers. De tout temps, il a comblé des besoins spécifiques et nourri de nombreuses fabriques spécialisées. Rappelons la production de potasse et de perlasse par les défricheurs, ces pionniers bâtisseurs de pays. Pensons à la fabrication d’allumettes, d’épingles à linge, de planches à laver et de seaux et cuves en bois, productions qui permettent d’ailleurs à Ezra Butler Eddy de faire fortune. Et que dire de l’actuelle production commerciale de sapins de Noël, cette réponse aux exigences d’une tradition millénaire, étroitement liée à la célébration du solstice d’hiver. Parmi ces usages multiples se trouvent également ce qui suit :

  1. la levée de l’écorce de pruche pour l’industrie du tannage du cuir;
  2. l’utilisation du bois de pruche pour la production de traverses de chemin de fer;
  3. la production de bois de chauffage;
  4. la confection de poteaux de clôture en cèdre;
  5. la production de douves pour la fabrication de tonneaux et de barils.

Et cette liste n’a rien d’exhaustif!

Le tanin qui se trouve dans l’écorce de pruche1 contribue à préserver les peaux d’animaux en supprimant tout pourrissement et en rendant le cuir malléable et durable. C’est la raison pour laquelle cette écorce est recherchée par les tanneurs2. De là également l’intérêt des bûcherons de l’Outaouais pour cette activité très spécialisée du commerce du bois. Même si la récolte d’écorce de pruche de l’Outaouais est faible en comparaison de celle de l’Estrie, elle mérite d’être signalée3. Cette dernière s’élève à 767 cordes en 1871, à 2312 cordes en 1881, à 698 cordes en 1901 et à 376 cordes en 19114.

Le bois de pruche a l’avantage de se conserver longtemps et de résister aux insectes et à la pourriture. C’est la raison pour laquelle on s’en sert encore de nos jours pour les aménagements paysagers et qu’il fut en demande pour la construction de voies ferrées. On s’en servait pour fabriquer des traverses de chemin de fer5. On rapporte la production de 414 877 traverses en 1901 mais de seulement 63 178 en 19116. Le recul de la production au cours de cette décennie est révélateur d’une chose surtout. En 1905, l’expansion du réseau ferroviaire de l’Outaouais est quasiment terminée.

Comme dans la plupart des régions du Québec, le bois franc de l’Outaouais est en demande comme « bois de combustion » pour le chauffage des bouilloires des bateaux à vapeur et des locomotives, pour le chauffage des maisons et pour la cuisson des aliments7 (image). La production totale de bois de chauffage de l’Outaouais s’élève à 115 985 cordes en 1871, à 233 099 cordes en 1881, à 296 173 cordes en 1901 et à 232 444 cordes en 19118. La baisse subie au cours de la décennie 1901-1911, recul qui s’explique vraisemblablement par l’utilisation de plus en plus répandue du charbon, ne peut faire oublier l’importance du prélèvement de bois de chauffage dans les forêts de l’Outaouais dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle9.

La fabrication de poteaux de clôture en cèdre est plus importante que l’on imagine. Une partie de cette production, il va sans dire, est écoulée localement. Le développement de l’agriculture et de l’élevage et le « Code municipal » exigent la construction de clôtures entre les chemins publics et les exploitations agricoles. Cette production se chiffre à 125 922 poteaux en 1901 et à 61 206 en 191110.

À une époque où on entrepose les nourritures sèches et les liquides dans des tonneaux et des barils en bois, le bois de douves et les cercles de douves sont en grande demande (image). Qu’il s’agisse de chêne, de frêne, d’hêtre, de cèdre, d’orme, d’érable, de pin ou d’épinette, il fallait abattre les arbres en hiver, lorsque la sève était à son plus bas. Ils sont ensuite tronçonnés en petites billes de la longueur des douves que l’on veut fabriquer. Celles-ci sont par la suite fendues pour donner le « merrain » les planchettes obtenues par la fente de la bille en rayons, du cœur de l’arbre jusqu’à l’aubier et l’écorce. On se sert alors du « départoir », une hache spéciale qu’on enfonce dans le bois à l’aide d’une « mailloche11 ». Le bois qui se trouve au cœur de l’arbre, « la moelle », de même que celui qui se trouve près de l’écorce, « l’aubier », est rejeté. Les douves qui en résultent suivent ainsi le même plan que les rayons du bois ce qui les empêchent de gauchir12. Une fois fabriquées, les douves doivent sécher de trois à quatre ans avant de pouvoir être utilisées par le tonnelier. À la fin du dix-neuvième siècle, on va fabriquer des scies mécanisées capables de tailler les douves, ce qui met fin au métier de douvellier13 et de mérandier14.

Au dix-neuvième siècle, la plus grande partie des douves en chêne de l’Outaouais sont expédiées vers le marché britannique15 (image). En 1871, cette production est de 61 000 douves et en 1881, de 27 000 unités16. En 1901 cependant, on rapporte une récolte de 45 billes de bois à douves, ce qui est très peu17. Mais ce recul important de la production touche l’ensemble du Québec et du Canada. En fait, le marché d’exportation britannique s’effondre totalement après 188018. Plus tardivement, en 1942, il y a reprise de cette production dans le comté de Pontiac. La International Cooperage Company of Canada Limited ouvre deux fabriques de douves, l’une à Shawville et l’autre à Waltham19. La matière première (le sapin, l’épinette, le pin, le peuplier et le bouleau) est récoltée sur la concession forestière de la compagnie, et les douves sont expédiées à Niagara Falls pour leur assemblage en tonneaux et en barils.

Allez plus loin sur le web!
Pour en savoir plus sur la récolte d’écorce de pruche pour les fins du tannage du cuir :
Site Web

Découvrez l’univers du tonnelier, fort bien décrit par Wikipedia à :
Site Web

Parcourez le magnifique site web des « Tonneliers de France » à :
Site Web

Références et définitions

1 Pour une très bonne description de la pruche et de ses usages, voir : http://www.lrconline.com/Extension_Notes_French/pdf_F/hmlck_F.pdf

2 Roland Saint-Amand, Les Laurentides batiscanaises, (Thèse de maîtrise en géographie de l’Université Laval), 1969, page 167.

3 Patrick Blanchet, « La récolte d’écorce de pruche dans la région des Cantons-de-l’Est, une perturbation anthropique majeure? », dans Progrès forestier, Hiver 2010, pages 18-22.  http://www.afce.qc.ca/progres_forestier/archives/histoire/2010Hiver.pdf

4 « Produits des forêts » dans Recensements publiés du Canada, 1871, 1881, 1901 et 1911.

5 Roland Saint-Amand, Op. cit., page 168.

6 « Produits des forêts » dans Recensements publiés du Canada, 1901 et 1911.

7 Roland Saint-Amand, Op. cit., page 170.

8 « Produits des forêts » dans Recensements publiés du Canada, 1871, 1881, 1901 et 1911.

9 Blanchet P., S. Côté, Alvarez É., Boulfroy E., Grenon F. et Vachon L., Historique de la consommation de produits forestiers et inventaire de bois dans les vieilles forêts dans la région de la Capitale-Nationale. Québec. Société d’histoire forestière du Québec et Cerfo, 2011, 98 pages.

10 « Produits des forêts » dans Recensements publiés du Canada, 1901 et 1911.

11 Marteau très pesant, dont l’un des bouts est pointu.

12 Eileen Marcil, Les Tonneliers du Québec, Ottawa, Musée national de l’Homme, « Collection Mercure », Dossier No 34, 1983, pages 23-24.

13 Fabriquant de douves.

14 Fendeur de douves. Voir : Eileen Marcil, Op. cit., page 24.

15 Eileen Marcil, op. cit., p. 19-20.

16 Cette production provient presque exclusivement de l’est de la région, des comtés de Wright et de Labelle.

17 « Produits des forêts » dans Recensements publiés du Canada, 1871, 1881 et 1901.

18 Eileen Marcil, op. cit., p. 20.

19 Québec, ministère de l’Industrie et du Commerce, Inventaire des ressources naturelles du Pontiac, [1955], sections consacrées aux municipalités de Shawville et de Waltham-Bryson.

Sources et légendes des médias secondaires

PHOTO No 1
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives de l’Outaouais, P132, S1 D43, P03. Photographe : R. Delisle, 1946.
Légende : Transport du bois de chauffage à la ferme Abram de Buckingham

PHOTO No 2
Source : Musée McCord, Collection de photographies Notman.
Légende : Scène du port de Montréal vers 1900. L’usage de tonneaux pour l’expédition de diverses denrées est toujours important.

PHOTO No 3
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives de Québec, E6, S7, P81011. Photographe : J.-W. Michaud, 1950.
Légende : Légende : Confection de caisses et de boîtes en bois

PHOTO No 4
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives de Québec, E6, S7, P20097. Photographe : J.-W. Michaud, 1944.
Légende : Corvée de bois de chauffage vers 1944. On se sert d’une fendeuse actionnée par un moteur à gazoline.

PHOTO No 5
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives de Québec, E6, S7, P75585. Photographe : J.-W. Michaud, 1950.
Légende : Vers 1950, on chauffe et on cuisine encore au bois dans la plupart des campagnes québécoises. Le propriétaire de ce hangar est fin prêt pour affronter l‘hiver québécois.

PHOTO No 6
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives de Québec, P560, S1, P51. Photographe : J.-E. Livernois, 1890.
Légende : Du bois de chauffage en longueur de 50 pouces environ est empilé sur le quai d’une localité du golfe Saint-Laurent. Des billettes de bois franc de cette longueur servent à alimenter alors les chaudières à vapeur des navires et des locomotives.

PHOTO No 7
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives de Québec, P322, S2, D10-1, P1. Photographe : P.-É. Duplain, 1948.
Légende : Fours de la région de Saint-Raymond-de-Portneuf servant à fabriquer du charbon de bois « à l’étouffée ».

PHOTO No 8
Source : Eileen Marcil, Les Tonneliers du Québec, Ottawa, Musée national de l’Homme, « Collection Mercure », dossier no 34, 1983, p. 24. Dessin de Pierre Thériault.
Légende : Cette illustration représente la fabrication du merrain, c’est-à-dire le tronc d’arbre fendu à la verticale pour en extraire les douves qui entrent dans la fabrication de tonneaux.

PHOTO No 9
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives de Québec, E6, S7, P31678. Photographe : R. Delisle, 1946.
Légende : Chargement de douves de barils et de tonneaux

PHOTO No 10
Source : Eileen Marcil, Les Tonneliers du Québec, Ottawa, Musée national de l’Homme, « Collection Mercure », dossier no 34, 1983, page couverture.
Légende : Illustration d’un tonnelier serrant en place les douves d’un tonneau

PHOTO No 11
Source : Archives de la brasserie Molson.
Légende : Le rabattage des cercles par un tonnelier et son apprenti, à la brasserie Molson, en 1930