Localisation : Les ruines des rapides Deschênes
Thème : Les scieries
Année : 1832
Capsule(s) reliée(s) :

1760-1867 - Les scieries
Capsule
C13
Les ruines des rapides Deschênes

Employés de la scierie Conroy posant pour la postérité, vers 1890. En arrière-plan, les bâtiments industriels, en avant-plan, la main-d’œuvre enfantine d’une autre époque.
Employés de la scierie Conroy posant pour la postérité, vers 1890. En arrière-plan, les bâtiments industriels, en avant-plan, la main-d’œuvre enfantine d’une autre époque.
Plan des moulins et du pouvoir d’eau de Deschênes préparé par les ingénieurs civils Shanly et McCarthy pour William Conroy et ses associés, déposé le 23 octobre 1893. On projette de construire un barrage et une centrale hydro-électrique pour desservir Aylmer et pour alimenter en électricité les tramways de la Hull Electric.
Plan des moulins et du pouvoir d’eau de Deschênes préparé par les ingénieurs civils Shanly et McCarthy pour William Conroy et ses associés, déposé le 23 octobre 1893. On projette de construire un barrage et une centrale hydro-électrique pour desservir Aylmer et pour alimenter en électricité les tramways de la Hull Electric.
Vue en plongée du barrage et de la centrale hydro-électrique de Deschênes vers 1925
Vue en plongée du barrage et de la centrale hydro-électrique de Deschênes vers 1925
Ancienne scierie et ancien moulin à farine de Deschênes en 1928
Ancienne scierie et ancien moulin à farine de Deschênes en 1928
Deschênes et le chevalier de Troyes
Deschênes et le chevalier de Troyes

La localité de Deschênes est située sur la rive nord de l’Outaouais, à l’extrémité sud du chemin Vanier, près d’Aylmer, dans la Ville de Gatineau. Son nom lui est donné en 1686, année marquante s’il en est, au cours de laquelle le chevalier de Troyes remonta la rivière des Outaouais jusqu’en Abitibi, avec mission d’attaquer et de prendre par surprise les forts anglais de la baie d’Hudson. Le célèbre Pierre Lemoyne d’Iberville l’accompagnait dans cette expédition (audio).

En baptisant du nom de « Deschênes » le portage que lui et ses hommes remontent pour contourner les rapides du même nom1, le chevalier de Troyes ne fait qu’entériner le nom que les Algonquins y donnaient déjà. Pour eux, c’est l’endroit où pousse le chêne en abondance, ce qui, dans leur langue se dit  « Miciminj ». Ce sentier de portage relie une petite baie en aval2 des rapides à une autre qui se trouve en amont3. Il s’agit du « Portage du Haut », du troisième portage de la Chaudière, utilisé jusqu’au milieu du 19e siècle.

En 1821, au lendemain de la fusion des compagnies du Nord-Ouest et de la Baie d’Hudson, Ithamar Hubble Day, ouvre un petit poste de traite sur le sentier de portage de Deschênes. Il s’associe à un autre traiteur indépendant, Murdock McGillivray, et ensemble, ils font le commerce des fourrures dans la région du lac aux Allumettes et jusqu’au lac Témiscamingue, jusqu’en 1832. Ithamar Day met alors fin à son association avec McGillivray et quitte alors la région4. Les frères McConnell, actifs dans l’industrie du bois sur l’Outaouais supérieur, prennent la relève de Day en se faisant commerçants de fourrure à temps partiel, et ce, jusqu’en 1847 environ5.

Ithamar H. Day exploite déjà une scierie, une forge et un moulin à foulon aux rapides Deschênes vers 18286. Vers 1840, Robert Conroy père prend semble-t-il la relève de Day. Plus tard, vers 1870, ses fils Robert et William Conroy y font ériger une nouvelle scierie et y font d’importantes améliorations de 1884 à 1888 afin d’augmenter la capacité de production du moulin (image). À la même époque, Narcisse Cormier exploite un moulin à farine au même endroit. Le blé, le sarrasin et l’avoine des fermes de la région sont donc moulus localement à Deschênes.

C’est en 1895 que le site industriel des Rapides Deschênes est transformé de manière radicale. Les principaux actionnaires de la compagnie Hull Electric Railway, William Conroy d’Aylmer et M. Seybold d’Ottawa, décident d’y aménager un barrage et une centrale hydro-électrique (plan).pour alimenter la Ville d’Aylmer en électricité et pour actionner les trams du réseau de tramway qui va relier Aylmer à Hull et à Ottawa. En 1899, le Canadien pacifique se porte acquéreur de la compagnie et l’exploite jusqu’en 1926, date à laquelle la « Canadian International Paper » (CIP) en devient propriétaire. En 1946, au moment où la Hull Electric Company met fin à ses activités, c’est la « Gatineau Power Company », une filiale de la CIP, qui assume la gérance du site.

Les murs en ruines qui émergent encore des rapides bouillonnants de l’Outaouais à cet endroit rappellent les débuts de l’histoire industrielle de Deschênes.

Allez plus loin sur le web!
Visitez le « Musée virtuel de la Nouvelle-France » du Musée canadien des Civilisations pour en apprendre un peu plus sur le chevalier de Troyes et son expédition de 1686 à :
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Parcourez la biographie du chevalier Pierre de Troyes dans le Dictionnaire biographique du Canada à :
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Lisez la biographie de Pierre Lemoyne D’Iberville dans le Dictionnaire biographique du Canada à :
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Découvrez le fils d’Ithamar Day, le célèbre Charles Dewey Day, en parcourant sa biographie dans le Dictionnaire biographique du Canada à :
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Références et définitions

1 Abbé Yvanhoé Caron (Éd.), Journal de l’expédition du chevalier de Troyes à la baie d’Hudson, en 1686, Beauceville, La compagnie de « L’Éclaireur », 1918, page 32.

2 En aval = en bas de l’endroit.

3 En amont = en haut de l’endroit.

4 Michael Newton, « Some Notes on Bytown and the Fur Trade », dans The Historical Society of Ottawa’s  Bytown Pamphlet Series, No 35, page 5.

5 Ibid, page 9.

6 Anson A. Gard,Pioneers of the Upper Ottawa and Humors of the Valley.  South Hull and Aylmer Edition, Ottawa, Emerson Press, 1906, page 13.

Sources et légendes des médias secondaires

PHOTO No 1
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.
Légende : Employés de la scierie Conroy posant pour la postérité, vers 1890. En arrière-plan, les bâtiments industriels, en avant-plan, la main-d’œuvre enfantine d’une autre époque.

PHOTO No 2
Source : Collection Pierre Louis Lapointe.
Légende : Plan des moulins et du pouvoir d’eau de Deschênes préparé par les ingénieurs civils Shanly et McCarthy pour William Conroy et ses associés, déposé le 23 octobre 1893. On projette de construire un barrage et une centrale hydro-électrique pour desservir Aylmer et pour alimenter en électricité les tramways de la Hull Electric.

PHOTO No 3
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.
Légende : Vue en plongée du barrage et de la centrale hydro-électrique de Deschênes vers 1925

PHOTO No 4
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.
Légende : Ancienne scierie et ancien moulin à farine de Deschênes en 1928

Texte de l'enregistrement
Deschênes et le chevalier de Troyes

(21 et 22 avril 1686)

« Le vingt et unième avril, le Père Silvie dit la messe, confessa et communia ceux qui restaient à faire leur pâques, après quoi je partis pour aller au portage de la Chaudière que les voyageurs ont ainsi nommé, parce qu’une partie de la rivière qui tombe parmi une confusion affreuse de rochers, se jette dans un trou d’une de ces roches faîte en forme de chaudière dont l’eau s’écoule par-dessus.

Le vingt deuxième, je séjourné pour avoir le reste des canots, dans l’un desquels je renvoyé au montréal quatre hommes de mon détachement, gens malades ou blessés.  Ensuite je me rendis au portage des chênes, ainsi nommé à cause de la quantité de ces arbres qui sont à cet endroit, qui est à environ une lieue et demie du saut de la chaudière.  Je monté dans cette route plusieurs rapides qui se rencontrent entre deux, et fis un portage qui est à une lieue ou environ de celui de la chaudière qui a un quart de lieue de long ainsi que celui des chênes.

Le vingt quatrième nous vinmes au portage des chats, qui est un endroit qu’on appelle ainsi à cause des roches dont la rivière est remplie, et qui égratignans, par manière de parler, les canots des voyageurs, leur ont donné lieu de lui imposer ce soubriquet. »

Source : Abbé Yvanhoé Caron (Éd.), Journal de l’expédition du chevalier de Troyes à la baie d’Hudson, en 1686, Beauceville, La compagnie de « L’Éclaireur », 1918, page 32.