Localisation : Outaouais supérieur
Thème : De la souche au moulin
Année : vers 1933
Capsule(s) reliée(s) :

1867-1960 - De la souche au moulin
Capsule
C6
Le choc de la Grande Dépression

Un chantier de la Petite-Nation. De jeunes enfants sont visibles dans les premiers rangs. Ils sont déjà conscrits pour devenir des hommes avant le temps. Il faut bien gagner son sel, disait-on! Les hommes âgés, incapables de travailler aussi dur que dans leur jeunesse, se voient confier des petites tâches moins bien payées, il va sans dire! Parfois, ils deviennent porteurs d’eau.
Un chantier de la Petite-Nation. De jeunes enfants sont visibles dans les premiers rangs. Ils sont déjà conscrits pour devenir des hommes avant le temps. Il faut bien gagner son sel, disait-on! Les hommes âgés, incapables de travailler aussi dur que dans leur jeunesse, se voient confier des petites tâches moins bien payées, il va sans dire! Parfois, ils deviennent porteurs d’eau.
Le regard de ces deux bûcheurs n’a rien pour inspirer le bonheur.
Le regard de ces deux bûcheurs n’a rien pour inspirer le bonheur.
Dans les premiers rangs, des jeunes à peine sortis de l’enfance. Deux d’entre eux tiennent un chien dans leurs bras. La plupart des hommes ont le regard lourd et pensif. Ils donnent l’impression d’être ailleurs, là-bas, dans leur famille et avec leurs amis. Les cuisiniers, fiers et sérieux, sont conscients de l’importance de leur rôle pour le maintien du moral de la troupe.
Dans les premiers rangs, des jeunes à peine sortis de l’enfance. Deux d’entre eux tiennent un chien dans leurs bras. La plupart des hommes ont le regard lourd et pensif. Ils donnent l’impression d’être ailleurs, là-bas, dans leur famille et avec leurs amis. Les cuisiniers, fiers et sérieux, sont conscients de l’importance de leur rôle pour le maintien du moral de la troupe.
Ce chantier typique du bassin de la rivière du Lièvre, installé près d’un point d’eau, en bordure d’un lac ou d’une rivière, est fort représentatif des conditions de vie déplorables vécues alors par les bûcherons.
Ce chantier typique du bassin de la rivière du Lièvre, installé près d’un point d’eau, en bordure d’un lac ou d’une rivière, est fort représentatif des conditions de vie déplorables vécues alors par les bûcherons.
Le travail de ce charretier de la Haute-Gatineau n’a rien d’une sinécure. L’ouvrage, effectué dans l’isolement, est dur et parfois dangereux.
Le travail de ce charretier de la Haute-Gatineau n’a rien d’une sinécure. L’ouvrage, effectué dans l’isolement, est dur et parfois dangereux.
Vraisemblablement l’exploitation d’un entrepreneur de la Petite-Nation. Sa femme y joue le rôle de cuisinière, comme la chose se produit souvent dans de telles circonstances. L’énormité des grumes qui ont été récoltées mérite d’être signalée.
Vraisemblablement l’exploitation d’un entrepreneur de la Petite-Nation. Sa femme y joue le rôle de cuisinière, comme la chose se produit souvent dans de telles circonstances. L’énormité des grumes qui ont été récoltées mérite d’être signalée.
Tristesse et mélancolie hantent les regards de ces hommes. Un seul s’en échappe un tant soit peu, celui qui, assis sur le plancher, se cramponne à la douceur de son chien.
Tristesse et mélancolie hantent les regards de ces hommes. Un seul s’en échappe un tant soit peu, celui qui, assis sur le plancher, se cramponne à la douceur de son chien.

Les conditions de vie dans les chantiers se détériorent de beaucoup au cours de la Grande Dépression (1929-1939). La nourriture fournie, la longueur de la journée de travail, l’état des bâtiments, les dangers liés au travail en forêt, le salaire accordé et les coûts de location d’équipements et de pension exigés des hommes sont autant d’éléments critiqués.  Plusieurs se plaignent du fait que femmes et enfants doivent accompagner leurs frères et leurs maris dans les chantiers pour assurer la survie financière de la famille. Les enfants sont retirés des écoles, réduisant d’autant leur scolarisation, déjà trop restreinte d’ailleurs, surtout chez les Francophones.

Vers 1933, cette situation devient intolérable : de nombreuses plaintes sont adressées aux autorités provinciales, et les journaux en publient de longs extraits. Ce n’est qu’en 1935 que le gouvernement du Québec intervient pour corriger la situation. Aimé Guertin, député de Hull à l’Assemblée législative (1927-1935), se fait le champion des bûcherons en intervenant en leur faveur. Il fait publier dans les journaux des extraits des lettres qui lui sont expédiées par les victimes de cette exploitation. En voici quelques exemples :

Je suis engagé pour ladrive [drave]à $1.20 par jour. Ce serait un bon salaire, mais hélas il nous faut donner 50 cts par jour de pension et le dimanche aussi 50 cts, alors vous comprenez facilement qu’il ne nous reste pas grand-chose. Les trois quarts de ces pauvres gens ont comme moi une nombreuse famille. Par dessus le marché, on commence à 4 heures et demi  du matin et on fini à 7 heures du soir, tout mouillé la plus forte partie du temps. Trouvez-vous cela raisonnable? Non, n’est‑ce-pas, cher Monsieur! Songez à toute la misère que nous endurons, surtout par les temps froids1.

Pour quelque temps, nous n’avions pas même de couvertures de lits, et avions à nous coucher ronds sur et dans nos habits de travail. Dans de telles circonstances d’engagement et au prix ainsi payé, nous avons tout juste gagné à peine de quoi nous nourrir. C’est pourquoi, afin au moins d’épargner notre linge, nous avons été forcés de voir à emprunter de l’argent et de revenir chez nous. Les lits sur lesquels nous couchions étaient si étroits et petits que nous ne pouvions nous y mouvoir, ou changer de position à l’aise2

Ce ne sont là que quelques échantillons des plaintes diffusées par les journaux de 1933 à 1935. Ces témoignages contribuent au débat public qui fait rage au moment où des grèves de bûcherons éclatent en Ontario, au Québec et ailleurs au Canada. Le 13 mai 1935, dans un discours retentissant, Guertin attaque la compagnie MacLaren, lui reprochant sa concurrence ruineuse et ses salaires, les plus bas de l’industrie. Il s’en prend au renvoi sauvage des 51 employés qui ont osé signer leur carte de membre d’un syndicat, l’International Brotherhood of Pulp, Sulphite and Paper Mill Workers. Son intervention incisive, très appréciée des milieux syndicaux et progressistes, est condamnée par Maurice Duplessis. C’est à cette époque que le chef du parti conservateur provincial tire à boulets rouges sur celui qu’il interpelle dorénavant comme « le Bolchévique à Guertin ».

Tout ce débat amène le gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau à légiférer sur la question des relations de travail en milieu forestier3. À la suite de cette loi, en juin 1935, la compagnie James MacLaren de Masson augmente les salaires de ses employés d’usine et modifie les conditions de travail qui prévalent dans ses chantiers4.

Allez plus loin sur le web!
Découvrez le site du Musée des Sciences et de la Technologie et visitez l’exposition « Entre les branches », qui traite du mode de vie des anciens travailleurs forestiers à :
Site Web

Court métrage documentaire, classique du cinéma direct de l’ONF, témoignant de la vie de 165 bûcherons isolés dans les forêts enneigées :
Site Web

Visitez :
La salle « La forêt exploitée » du Centre d’interprétation de l’historique de la protection des forêts contre le feu de Maniwaki. Vous découvrirez le mode de vie des valeureux travailleurs forestiers à l’époque où le cheval était roi.
Site Web

Références et définitions

1 BAnQ-CAO., Fonds Aimé Guertin (P8), dossier « Bûcherons », lettre de Montcerf, (2-6, pièce 38).

2 Ibid., lettre de l’île du Grand Calumet, (2-6, pièce 24).

3 BAnQ-CAO., Fonds Aimé Guertin (P8), dossier « Bûcherons », Projet de loi no 32, avril 1935, 4e session, 18e législature, 25 George V, 1935. La compagnie MacLaren vend sa production 34,50 $ la tonne en décembre 1934, soit plus de huit dollars en dessous du prix de 42,50 $ la tonne fixé par les usines canadiennes sur le papier livré en 1935[1].  Elle et la Saint Lawrence Paper des Trois-Rivières font du « dumping », c’est-à-dire, livrent une concurrence déloyale aux autres entreprises.  Le refus de ces deux producteurs de collaborer avec le reste de l’industrie oblige le gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau à adopter la « Loi pour assurer la protection des ressources forestières de la province »

4 Pierre Louis Lapointe, La vallée assiégée. Buckingham et la Basse-Lièvre sous les MacLaren, 1895-1945, Gatineau, Éditions Vents d’Ouest, 2006, p. 251-255.

Sources et légendes des médias secondaires

PHOTO No 1
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.
Légende : Un chantier de la Petite-Nation. De jeunes enfants sont visibles dans les premiers rangs. Ils sont déjà conscrits pour devenir des hommes avant le temps. Il faut bien gagner son sel, disait-on! Les hommes âgés, incapables de travailler aussi dur que dans leur jeunesse, se voient confier des petites tâches moins bien payées, il va sans dire! Parfois, ils deviennent porteurs d’eau.

PHOTO No 2
Source : Archives de la compagnie Abitibi Paper.
Légende : Le regard de ces deux bûcheurs n’a rien pour inspirer le bonheur.

PHOTO No 3
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.
Légende : Dans les premiers rangs, des jeunes à peine sortis de l’enfance. Deux d’entre eux tiennent un chien dans leurs bras. La plupart des hommes ont le regard lourd et pensif. Ils donnent l’impression d’être ailleurs, là-bas, dans leur famille et avec leurs amis. Les cuisiniers, fiers et sérieux, sont conscients de l’importance de leur rôle pour le maintien du moral de la troupe.

PHOTO No 4
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.
Légende : Ce chantier typique du bassin de la rivière du Lièvre, installé près d’un point d’eau, en bordure d’un lac ou d’une rivière, est fort représentatif des conditions de vie déplorables vécues alors par les bûcherons.

PHOTO No 5
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Série Léo Bourdon. Photographe inconnu.
Légende : Le travail de ce charretier de la Haute-Gatineau n’a rien d’une sinécure. L’ouvrage, effectué dans l’isolement, est dur et parfois dangereux.

PHOTO No 6
Source : Collection Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.
Légende : Vraisemblablement l’exploitation d’un entrepreneur de la Petite-Nation. Sa femme y joue le rôle de cuisinière, comme la chose se produit souvent dans de telles circonstances. L’énormité des grumes qui ont été récoltées mérite d’être signalée.

PHOTO No 7
Source : Bibliothèque et Archives Canada, PA-8394.
Légende : Tristesse et mélancolie hantent les regards de ces hommes. Un seul s’en échappe un tant soit peu, celui qui, assis sur le plancher, se cramponne à la douceur de son chien.